-Sauvetage du vaisseau de ligne anglais ASSISTANCE-

8 mars 1802

Sauvetage de 383 personnes*

Armement de la corvette du pilotage
Michel Versaille
Joseph Bommelaer
Jean Damman

Les pilotes reçoivent en récompense pour services rendus, une gratification de 50 livres sterling, dont le neuvième est affecté à la corvette et le reste réparti en 18 parts suivant le règlement en usage.​Trois ans plus tard, la gratitude des anglais se manifestera d’une autre manière.
Médaille grand module en or
M.F Versaille

Dunkerque

​Parvenu au large de Dunkerque par une forte tempête, l’ASSISTANCE, de  50 canons, talonne sur les bancs et coule presque aussitôt. La corvette des pilotes parvenue immédiatement sur les lieux de la catastrophe sauve les 383 personnes composant l’équipage et les passagers du navire. Parmi ces passagers, on compte 40 femmes et 12 enfants. ​Le mauvais temps oblige le bateau pilote à mouiller sur rade à la tombée de la nuit, le pont est couvert de réfugiés.

Le lendemain matin par grosse mer la corvette réussit sa manœuvre d’entrée au port mettant définitivement à l’abri les malheureux naufragés.​ Ceux-ci ont été accueillis par le Préfet qui leur donna subsistance et secours nécessaires jusqu’à ce qu’un bâtiment soit prêt à les renvoyer.

Rapport du commandant de la corvette

Michel Versailles commandant la Corvette des pilotes de service en rade ayant été forcément obligé d’entrer dans le port à fait le rapport suivant :

Hier, le vent étant de la partie du Nord avec grand frais et mauvais temps, la mer très grosse, il eut connaissance dans la matinée d’un grand navire embarrassé dans les bancs, courant tantôt d’un bord tantôt de l’autre, faisant différents signaux de détresse en tirant plusieurs coups de canon et à la fin  il prit le parti de mouiller mais la marée  (baissant) perdant toujours et le navire venant à l’appel de son ancre (tirant sur son ancre) il ne tarda pas par son grand tirant d’eau à donner quelques coups de talon, au tangage ce qui l’obligea de couper  son câble et de remettre à la voile, que malgré tous les efforts de la Corvette pour aller à son secours, il ne put le joindre  assez à temps pour l’empêcher de toucher une seconde fois sur un des bancs au large. Lorsque  la corvette fut près de lui et à proximité, il envoya à bord son canot armé pour avoir des pilotes, qu’en conséquence les nommés Joseph Bommelaer et Jean Damman seuls pilotes pour lors à bord de la Corvette furent à son bord et lorsque le navire qui n’avait touché que légèrement fut  remis à flot, ils manœuvrèrent avec les voiles, attendu que le gouvernail était démonté, pour atteindre le bon mouillage où ils laissèrent tomber l’ancre par 13 brasses d’eau dans l’espoir de pouvoir arriver à remonter le gouvernail et de profiter de la marée montante pour pouvoir remettre à la voile mais le navire faisant considérablement d’eau et vu l’impossibilité de remonter le gouvernail, le capitaine envoya un officier à bord de la Corvette pour le requérir de rester auprès de lui pour sauver l’équipage dans le cas où le navire viendrait à couler bas. Ce qui ne tarda pas à se réaliser, l’eau augmentant d’une telle force que tout le monde au nombre de plus de 300 personnes, hommes, femmes, et enfants se sauvèrent tous par les embarcations avant la nuit fermante (tombante), à bord de la Corvette,  après quoi le navire qui se trouvait être un vaisseau de ligne anglais tout récemment sorti de Yarmouth a disparu totalement.

Dans cette circonstance, la Corvette a été obligée de rester toute la nuit mouiller devant son ancre, dans l’ouest de la rade bien embarrassée, avec tant de monde à bord et le matin à la marée montante, il se trouva dans la nécessité de couper son câble, d’abandonner son ancre et d’entrer dans le port malgré la grosse mer ;  il est heureusement entré sans autres accidents

De tout quoi, le dit Versailles a fait la présente déclaration qu’il affirme sincère et véritable signé Michel Versailles

* 342 hommes selon le Moniteur Universel

Félicitation du ministre de la Marine

Sources
Michel Dahaene « Drames en mer »
Fortune de mer sur les bancs de Flandre – Jean-Luc Porhel
Moniteur Universel du 3 avril 1802
Extrait des registres du bureau du pilotage de Dunkerque du 30 mars 1802