*Sauvetage du brick goélette  ALICE*

4 avril 1905

8 hommes sauvés

Patron du remorqueur
Wadoux
Armement du Dunkerquois

Dunkerque 

Pendant la tempête de la nuit de mardi à mercredi, alors que l’ouragan faisait rage du N.O , un coup de canon annonçait qu’un navire était en détresse.

Aussitôt un remorqueur de la Société des remorqueurs, le DUNKERQUOIS, capitaine Wadoux, sortit du port, et, malgré le mauvais temps, se dirigea vers le navire en perdition.

Ce bateau, le brick goélette ALICE, avait perdu chaînes et ancres, et se trouvait dans une situation désespérée, à huit cents mètres des jetées.

Le navire talonnait sur un banc et allait se briser lorsque, fort heureusement, il fut pris sous remorque par le DUNKERQUOIS qui le ramena au port.

L’ALICE qui appartient au port de Lannion, se rendait de Boyardeville à Dunkerque avec un chargement de sel. Ce navire était monté par huit hommes.

Le capitaine du brick-goélette ALICE rend hommage dans son rapport de mer au dévouement des marins dunkerquois.


Dunkerque le 6 avril
Je soussigné Léon Wadoux patron du remorqueur DUNKERQUOIS, jaugeant 92 tonneaux et monté par 9 hommes d’équipage, déclare que le 6 avril vers une heure du matin, je me portai au secours du brick goélette français ALICE de Nantes, qui faisait des signaux de détresse.

La tempête soufflait de la partie nord et la mer était démontée. Je me rendis à proximité du brick goélette qui se trouvait à environ 800 mètres de la jetée est et qui talonnait sur côte. Le capitaine qui avait filé ses chaînes par le bout me pria de prendre sa remorque.
Après de multiples efforts, je parvins malgré la bourrasque et la mer qui déferlait, à prendre la remorque. Avec de grandes précautions, pour ne pas casser le grelin, je fis le large et vers 3 heures, après d’énormes difficultés, je parvins à mettre le brick goélette ALICE en sécurité dans l’avant-port où il fut amarré à proximité de l’écluse du Commerce. Ce navire abandonna 2 chaînes,1 grelin et 3 ancres.

Tel est mon rapport, sincère et véritable. Signé : Léon Wadoux.

Je soussigné Elie Papail capitaine du brick goélette ALICE de Nantes, être parti de Boyardville le 23 mars à destination de Dunkerque avec un entier chargement de sel. La traversée s’effectua normalement jusqu’aux sept îles. Là, je rencontrai du calme et le courant m’entraînât dans le chenal. Il me fallut mouiller sur l’île Tomé.
Le 3 avril, la brise s’étant levée, je fis voiles pour Dunkerque et j’arrivai en passe le 5 au soir, vers 11H 30.
Au moment de donner dans le chenal, étant bien en position, le vent sauta subitement du nord-ouest au nord ce qui fit brusquement changer le gui en cassant la balancine (quoiqu’ayant le pic amené et l’écoute bordée). Le gui vint s’abattre sur la roue du gouvernail immobilisant ce dernier.
Continuant alors son auloffée, le navire vint jusqu’à mettre le cap à l’est-nord-est. Il était impossible de gagner le large, je mouillai mes deux ancres de bossoirs et comme le navire chassait toujours, je mouillai une troisième ancre avec une forte aussière neuve. Ceci me fit résister un peu mieux et je fis alors des signaux de détresse. Peu après, le remorqueur DUNKERQUOIS accourut à notre secours : il était temps car le navire commençait à s’échouer.
Après bien des difficultés, ma remorque fut passée par tribord avant et les chaînes et grelin furent filés par le bout afin de sortir au plus vite de cette position critique.
A 3 heures du matin, le remorqueur DUNKERQUOIS réussit à nous mettre en lieu sûr dans l’avant-port. ,
Sans le secours du remorqueur, le navire se serait infailliblement perdu car à pleine mer, la hauteur d’eau n’était que de 6 mètres à l’endroit où je me trouvais. En filant les chaînes et le grelin, je pris relèvement du grand phare de Dunkerque qui se trouvait au sud 58‘ ouest du compas.
La profondeur d’eau n’était plus que de 3 brasses à ce moment.
Tel est mon rapport sincère Le capitaine : Papail

Sources
Grand Echo du Nord de la France 8 avril 1905