-Sauvetage de bateau de pêche

11 novembre 1910

Equipage sauvé

Patron du canot
Pierre-François Leprêtre
Sous-patron 
Alfred Brunet
Armement du Sainte-Sophie
Emile Brunet, Pierre Coubel, Jean-Baptiste Creton
Jean Victor-Baptiste Creton, Benoît Fournier
Léon Hannequin, Charles-Auguste Leprêtre
Alfred Melliet, Jean-Baptiste Wadoux

Gravelines

Le 11 novembre 1910, vers 3H30 du matin, M. Masson rentrait à bord d’un bateau venant de faire la pêche au merlan, lorsqu’il aperçut un petit bateau échoué à environ 200 mètres de la jetée, qui faisait des signaux de détresse.

Il envoya immédiatement un homme me prévenir. Sans prendre le temps de prévenir tout mon équipage, je me rendis à la maison-abri et fis des appels précipités au moyen du cornet d’alarme. Comme il y avait beaucoup de pêcheurs à la mer, parmi lesquels un grand nombre de canotiers, je dus composer mon équipage avec les marins qui m’aidaient à mettre le canot à la mer.

Heureusement que j’avais mon sous-patron avec moi et quelques canotiers pour diriger la manoeuvre, sans quoi, avec l’ouragan qui soufflait, le noir intense, la pluie et les éclairs, l’opération pouvait être des plus dangereuses.

Je vous ai déjà dit qu’il y avait beaucoup de bateaux à la mer ; de ce fait nous avons été exposés à être coulés par ceux qui rentraient dans le port où ils cherchaient un refuge contre le mauvais temps. Heureusement pour moi, j’avais à bord un équipage d’élite; nous étions obligés de nous déranger à chaque instant pour éviter les abordages avec les barques qui rentraient dans le port, nous étions obligés de brûler continuellement des fusées pour signaler notre présence ; sans cette précaution je suis convaincu que nous aurions été infailliblement coulés et perdus corps et biens.

Après avoir doublé la jetée, nous étions couverts par les paquets de mer sans discontinuer. Nous arrivâmes près du bateau naufragé; je prévins alors le sous-patron de se tenir prêt à jeter le grappin.

Il allait exécuter cet ordre quand nous reçûmes un coup de mer par tribord derrière qui nous jeta au moins à 20 brasses dans l’est du bateau. Nous avons été obligés de redoubler de courage et de force pour nous rapprocher de nouveau, sans quoi les malheureux marins auraient été noyés.

Nous profitâmes d’une embellie pour accoster l’épave, et mon sous-patron ayant jugé que nous étions assez rapprochés, lança son grappin et me dit : 


François, ça va aller.

Je lui répondis :  Si tu peux, Alfred, envoie-le

Ce qui fut fait ; le grappin accrocha ses haubans. Aidé de son fils, un homme de courage et de force herculéenne, j’établis le va-et-vient et en trois minutes l’équipage était dans le canot.

Comme la mer était démontée, nous avons été obligés de choisir un endroit pour faire côte avec le canot de sauvetage.

Les naufragés qui étaient transis et sans force furent débarqués à dos par nos canotiers. Pendant que j’envoyais mon sous-patron pour réchauffer les sauvetés, je demandais des chevaux pour remettre mon canot dans son abri, car nous avions encore beaucoup de pêcheurs à la mer et le temps n’avait pas belle apparence.

On pouvait encore avoir besoin de nous….

Source
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés