-Sauvetage de la goélette islandaise FREGATE-

8 mars 1912.

 équipage  sauvé

Patron de la goélette
Pierre Maurice Wellems
Armement de la Marguerite
Jules Joseph Deroy – Jules Albert Dubuis
Joseph Eugène Dubuis – Joseph Charles Jean Dubuis

Henri Durand de Blois
Membres de l’équipage
valeur de 400 à 150 francs
Médaille argent 2° classe
P.M. Wellems
Médaille de bronze
J. E. Dubuis – J.C. J. Dubuis
J. J. Deroy – J.A. Dubuis

Localisation estimée

En mer à l’ouest des iles Westamnn

La goélette gravelinoise MARGUERITE vient au secours de la goélette FREGATE  coulée à l’ouest des iles Westmann.

Par tempête de S-O , la goélette MARGUERITE, du port de Gravelines, se trouvait à la cape à l’ouest des iles.

Vers dix heures du matin, elle aperçut la FREGATE, du même port, qui, en détresse, demandait du secours. La MARGUERITE s’en rapprocha et, dès qu’elle fût à portée, le capitaine de la FREGATE fit comprendre à son collègue qu’il avait une voie d’eau et qu’il allait couler.

Une embarcation de la MARGUERITE, armée de quatre hommes et commandée par son capitaine, fut mise à la mer, et dès son arrivée sur la FREGATE, celui-ci constata l’impossibilité pour les hommes d’y rester plus longtemps.

Décidé d’un commun accord, l’abandon fut décidé. Tout l’équipage fut transporté en quatre voyages, avec beaucoup de difficultés, sur la MARGUERITE, qui remettait le lendemain les naufragés au  vapeur-ambulance FRANCE.

Rapport de mer du Capitaine Wellems commandant la Goélette MARGUERITE


Je soussigné Wellems, capitaine de la goélette MARGUERITE, déclare être parti du port de Gravelines le 16 février 1912 à midi, le navire en bon état de navigabilité, et muni de tous rechanges exigés, ainsi qu’il est constaté par le certificat de-visite, ayant à bord les vivres, provisions et engins nécessaires pour faire la pêche.
J’ai accompli ma traversée sans aucun événement remarquable et j’ai atterri lé 26 du dit mois à la pointe de Ingolls-olf-de Hulks avec beau temps de vents d’est.
Le 8 mars par tempête de sud-est, je me trouvais à la cape ouest des iles Westman. Vers 10 heures du matin j’aperçus la Goélette FREGATE, du port de Gravelines, avec le signal de détresse du code international N. C.
Je manœuvrai tout aussitôt pour l’atteindre. Dès que je fus à portée de voix de la frégate, le capitaine me fit comprendre qu’il avait une voie d’eau et qu’il allait couler bas ; il réclamait les secours les plus urgents. Malgré les difficultés et les dangers, je fis mettre mon embarcation à ta mer, et avec quatre hommes de mon équipage, je me rendis à bord de la frégate pour m’assurer de l’état du navire et tenter tous les moyens de le sauver. A mon arrivée à bord, je trouvai l’équipage exténué de fatigue, et malgré tout essayant de franchir les pompes. Je fis sonder à la pompe de bâbord, elle accusa un mètre quatre-vingt centimètres d’eau. La cale avant avait alors deux mètres vingt centimètres d’eau et le niveau montait toujours très rapidement. Notre éloignement de la terre nous mettait dans l’impossibilité de gagner un fjord, ou un port. De concert avec le capitaine et l’équipage de la frégate il fut décidé que l’équipage serait transporté à mon bord. Cette opération s’effectua avec les plus grandes difficultés, car la mer était mauvaise. Cependant le navire s’enfonçait toujours et pouvait devenir une épave dangereuse. Nous résolûmes de mettre le feu à bord en lui donnant le cap sur la terre. Dès que ces dernières dispositions furent prises, le capitaine de la frégate, abandonnant le dernier son navire, prit passage dans mon canot et je le déposai sur la MARGUERITE avec tout son équipage.
Ne perdant plus de vue le malheureux navire abandonné et en flammes, je le vis se mettre à la côte à environ trois milles dans le Nord de Bergporshyoll. Il était deux heures de l’après-midi. Je fis route aussitôt après pour les iles Westman. Y étant arrivé le lendemain matin, je rencontrai le navire hôpital FRANCE et je lui remis l’équipage naufragé.
Tel est mon rapport que j’affirme être sincère et véritable dans tout son contenu et dont h . véracité sera attestée-par les hommes de mon équipage, me réservant, au surplus, de donner de plus amples détails si besoin est.
Fait en mer, le neuf mars 1912
P. S. — Je me permets de rappeler que le sauvetage de l’équipage de la Frégate est le deuxième que j’accomplis depuis que je commande qualité de capitaine.
En effet, le 28 Août 1908, à 8 milles dans le Nord dé Gravelines, j’ai sauvé l’équipage du Rouget de l’Isle N. 435 de Gravelines, sauvetage qui a fait l’objet d’un rapport à cette époque.
Capitaine Wellems

MARGUERITE
Goélette du port de Gravelines, jaugeant cent dix-sept tonneaux armateur Daullé-Maniez, comptant dix-neuf hommes d’équipage.

Source
Journal officiel de la République 31 octobre 1912 et  23 mai 1913