-Sauvetage du PETIT JULIEN et du GAMBETTA-

1er avril 1912.

6 personnes  et 1 équipage  sauvés

Patron du canot
François Jules Leprêtre
Sous Patron
Alfred Brunet
Armement de la Sainte-Sophie
Jean Baptiste Creton – Benoît Fournier –
Pierre Auguste Fournier – Eugène Fournier
Joseph Lemaire – Louis Savoyen

Gravelines

A 8 heures du matin, me trouvant sur le quai, j’aperçus plusieurs bateaux en face du port ; l’un d’entre eux venait de se mettre à la côte à l’ouest du port. Aussitôt, j’ai constitué un équipage pour le canot de sauvetage, presque tous mes canotiers titulaires étant à la mer et dès que la marée fut assez haute, je fis lancer le SAINTE SOPHIE.

A ce moment, j’aperçus un autre bateau, le PETIT JULIEN dont la chaîne venait de se rompre ; le vent et la mer étaient démontés, aussi son équipage fut-il impuissant à l’empêcher de driver à la côte.

Sans hésiter, nous nous sommes portés immédiatement à son secours. Arrivant au bout de la jetée, nous avons reçu de telles lames de mer que le canot de sauvetage n’était presque plus manoeuvrable.

Grâce cependant aux efforts et au dévouement de mon équipage, nous sommes parvenus à doubler le gros de la mer et en moins d’un quart d’heure nous étions près du bateau en danger. Il était à tout moment couvert par les lames et les hommes qui le montaient s’accrochaient très difficilement aux manoeuvres.

En accostant, notre embarcation subit quelques avaries (bourrelet très endommagé et une dame cassée).

Cependant, ne perdant pas notre sang-froid, nous fûmes assez heureux, après bien des difficultés, pour embarquer tout l’équipage.

Après quoi, nous avons fait côte afin de débarquer les six naufragés.

J’avais pris soin de mouiller notre ancre afin de pouvoir renflouer et nous porter au secours d’un autre bateau, le GAMBETTA, en danger à l’Ouest de nous. Aussitôt les hommes du PETIT JULIEN débarqués, nous nous sommes dirigés vers le GAMBETTA.

Nous sommes restés près de lui une demi-heure jusqu’à ce qu’il fût renfloué et hors de danger.

Puis ne pouvant doubler la jetée à cause de la violence de la mer, nous avons été obligés d’échouer le canot ; ce que nous avons pu faire convenablement en prenant toutes les précautions commandées par l’état de la mer et la violence du vent.

Source
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.