-Sauvetage du LIEUTENANT BOYAU-

12 mars 1935

18 personnes sauvées

Sauveteur
Adolphe Laurent

Société Centrale Sauvetage des Naufragés
prix Marie-Antoinette Bourgeois
1 000 francs
Médaille de vermeil
matelot Adolphe Laurent

Islande

Le 12 mars 1935,  à 23H00,  le pont du trois-mâts LIEUTENANT BOYAU, commandé par Pierre Sagot secondé par Edouard Gosselin est balayé par une lame qui l’envoie sur les récifs. Echoué et brisé à la pointe de Medallands, il est rempli d’eau et n’a plus aucun moyen de sauvetage à la disposition de son équipage.

Le matelot Adolphe Laurent vient trouver le capitaine et lui déclare vouloir se jeter à la mer avec une ligne pour établir un va-etvient. Malgré les lames très violentes qui déferlent autour du bâtiment et qui ont fait chavirer quelques heures auparavant  un des canots, malgré le courant de 3 à 4 noeuds qui a emporté, le matin, un matelot essayant de gagner la terre, le matelot Adolphe Laurent se jette résolument à la mer et arrive au rivage après un quart d’heure de nage exténuante. Transi et à demi asphyxié par l’eau mélangée de pétrole qu’il a avalée, il n’arrive à sortir de l’eau qu’en se traînant sur les rochers avec une énergie surhumaine.

Surmontant son épuisement par un magnifique sursaut de courage, il s’emploie aussitôt à travailler à l’établissement d’un va-et-vient, grâce auquel 18 hommes sont sauvés d’une mort certaine, deux autres ont été malheureusement frappés de congestion et un troisième mal amarré a été emporté par le courant.

Le capitaine Sagot et le lieutenant Gosselin seront les  derniers  à quitter le navire. Tous sont fappés de découragement  « Creusons notre tombe dans le sable » dira l’un d’entre eux.

Quatre marins fort affaiblis arrivaient à Fijot  dans une ferme écartée. Les habitants, sans comprendre leur langue, devinèrent que leurs camarades étaient en souffrance à dix kilomêtres de là. Une équipe de secours partit vers la côte avec  des petits chevaux islandais. Elle découvrit d’abord près de la ferme, le cadavre d’un marin qui avait tenté d’accompagner ses camarades, puis, sur la plage, malgré la tempête, dix-neuf marins vivants. Deux autres membres avaient succombé. On entrevoyait dans un brisant la goélette échouée. Les  vingt-trois survivants ont été transportés à la ferme de Fijot où ils ont  passé la nuit.*

Arrivés à Reykjavik le 23 mars, après deux jours de cheval et une journée en automobile, les 18 marins reviennent à Dunkerque le 31 mars par la malle PICARD depuis Folkestone ou le LARGAFOSS , paquebot islandais, les avaient débarqués. Ils rejoignent Gravelines en autobus.

* Ce texte est la compilation de 3 articles différents. La vérité est sûrement dans la globalité de ce texte, les articles lus étant divergents sur des points de détails.

Témoignage d’Edouard Gosselin Officier en second du Boyau

Nous sommes arrivés sur les lieux de pêche le premier mars après une traversée mouvementée qui dura 10 jours. Le 2 mars, nous avons essayé de toucher les côtes d’Islande. Et ce n’est que quelques jours plus tard que, profitant d’une accalmie, nous avons pu accoster le 5 mars.

De cette date au 11 mars, la pêche a été infructueuse en raison des vents toujours contraires. Dans la matinée du 11, alors que j’étais de quart, le vent est légèrement tombé et une belle éclaircie nous a permis d’approcher à une distance de 15 milles environ. Nous avons mis en pêche à 9h du matin sur un fond de 120 mètres mais nous n’avons pris qu’une trentaine de morues. Vers 11h, le vent a de nouveau fraîchi. Et le capitaine a décidé d’abandonner la pêche.

En 5h nous avons ainsi parcouru 30 milles. À ce moment, nous avons retrouvé le même fond, mais pas de poisson. Vers 17h, la tempête s’est brusquement levée. Et un véritable ouragan s’est déchaîné sur nous. Tandis que la neige tombait à gros flocons. Jusqu’à 23h nous avons continué à gagner le large, puis l’officier de quart nous a prévenu que le vent changeait de direction, nous poussant vers la côte. Le capitaine est monté sur le pont et a fait fonctionner le moteur pour virer de bord.

À ce moment précis, nous recevions une formidable lame de mer qui balaya le pont tandis que la coque du bateau touchait un récif qui brisa notre 3 mâts alors que nous étions à 500 mètres de la côte. Un 2e coup de mer nous rejeta à 200 mètres du rivage. Il était alors 23h30, en 3 minutes, notre bateau coula. Seuls les mâts émergèrent. Le drame véritable commença alors. 29 hommes groupés sur les haubans, vêtus simplement d’une flanelle et d’un caleçon, les pieds nus demeurèrent dans cette position tragique jusqu’au jour, par une température de 5 degrés en dessous de 0.

Vers 1h du matin, un premier canot fut mis à la mer. Il chavira aussitôt. Le 12 mars, 7h du matin, 6 hommes montèrent sur le 2e canot. Malheureusement, l’embarcation chavira à son tour en arrivant au but. 5 marins  ont gagné la côte, tandis que le 6e, Marceau Gosset de Fort Mardyck disparaissait dans la tempête. Ces braves, transis de froid, allèrent chercher du secours dans les fermes mais il leur fallait traverser des marécages avec de l’eau jusqu’au cou, et ils marchèrent ainsi pendant 5h. Pendant ce temps, il restait à bord, 23 hommes, sans canot. C’est alors que le jeune Adolphe Laurent, de Gravelines Hutte se dévoua. Complètement nu, accompagné d’une corde, il gagna la côte à la nage. Arrivé au but, l’équipage, emprunta tour à tour le va-et-vient. Malheureusement. 2 hommes moururent de congestion en cours de route et ne furent jamais retrouvés. Ce sont Roger Lamotte. Et Julien Zonnekin  de Gravelines Huttes. En accostant Julien Goubel et Henri Kelmess de Hem d’Oye moururent de froid. Ils devaient être enterrés en Islande. Le capitaine et moi, nous avons soigné les derniers rescapés. Le capitaine Sago était d’ailleurs sur le point.de mourir, comme la plupart d’entre nous. Véritables loques humaines nus et sans abri en vue nous commençons déjà à creuser notre tombeau quand 6 chevaux islandais arrivèrent à notre secours dans l’après-midi du 12 mars. Il était temps, le capitaine allait mourir ainsi que de braves petits mousses. Michel Wadoux et Léon Fournier. La neige faisait rage, la tempête aussi. La plupart des marins montèrent à cheval, et après 3h de route arrivèrent à une ferme ou des habits nous furent distribués. Voilà comment la mort n’a pas voulu de nous et comment nous avons abandonné notre cher navire, notre gagne-pain. Jamais de ma vie de marin, je n’ai vu de choses aussi terribles et seul un courage inébranlable nous a sauvés par miracle.

Source L’Egalité Roubaix Tourcoing du 1er avril 1935

A l’exception des deux malouins et du paimpolais tous les membres de l’équipage sont de  la région gravelinoise.

Rôle d’équipage    – Personnel sauvé
Capitaine Pierre Sago Second  Edouard Gosselin. 1er lieutenant Merlen. 2° lieutenant Alfred Picard –  (Saint-Malo) Saleur François Rouxel  (Saint-Malo)    Mécanicien Leprêtre
Marins  : Marquis,  Fournier, Genevet, Charlemagne Merlen, Vanhoutte, Ernest Fournier,  Emile Wadoux , Lavallée, Jules Fournier, Lefranc, Verove, Joseph Wadoux, Jean-Baptiste Pierre Verove, Léon-Henri Wadoux, Emile Le Roux (Paimpol) Mousse Wadoux Michel.

Rôle d’équipage  – Personnel péri en mer
Camels Henri Philippe né à Calais le 29 juin 1893, 42 ans, cuisinier
Goubelle Auguste Julien  né aux Hemmes de Marck le 29 nov 1881, 54 ans, matelot
Gosset Marceau Achille né le 21 dec 1897 à St Pol sur Mer, 37 ans, matelot 
Joonnekin Jean Baptiste Julien  né le 25 juin 1911 à Gravelines, 22 ans, matelot
Lamotte Roger Jean Baptiste né le 27 juin 1911 à Gravelines, 23 ans, matelot

Lieutenant Boyau  Trois-mâts pêche à moteur
Construit à Binic en 1924  de 132 tonneaux pour Emile Berthou et François Monnier (négociant en morue  à St Pierre-Et-Miquelon.)
Revendu en 1932 à la Société de Grande Pêche de Gravelines
Parti en campagne d’Islande le 18 février 1935.
Une rue de Gravelines porte le nom de  Lieutenant Boyau

Trois-Mâts Lieutenant Boyau

/Qui était le lieutenant Boyau
Maurice Jean Paul Boyau –

Né le 8 mai 1888 -Mustapha (Algérie française)
Mort Pour la France 16 septembre 1918  Mars-la-Tour
International de Rugby (  6 sélections Capitaine du tournoi des 5 nations)
1914-1918  – Pilote – Première Guerre mondiale –

35 victoires aériennes homologuées
Officier de la Légion d’HonneurMédaille militaire

Emile Berthou  Armateur et sauveteur
Lieutenant de vaisseau pendant la 1ère guerre, il fit de nombreux voyages sur patrouilleurs puis en 1915 il fut récompensé ainsi que son équipage du Dixi par le roi d’Angleterre et le Portugal pour le sauvetage en Manche des marins du  Glenlee et du Cysne, coulés. Il fut le premier commandant du Lieutenant Boyau
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Sources
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des naufragés
Journal des débats politiques et littéraires du 15 mars 1935
Grand Echo du Nord  de la France du 1er avril 1935
Wikipédia
Archives familiales Hélène Berthou
Crédit photo
Wikipédia et Hélène Berthou