18 octobre 1854

Sauvetage du sloop dunkerquois FELICITE

5 personnes sauvés

Patron du canot :
Jules Conseil
Sous-patron :
Pierre Ficquet
Armement  : 
Melchior Bolleman- Matthias Bommelaere
Louis Bommelaere – Alfred Cordier
Pierre Weins – Philippe Sailly

Le Ministre  de la marine attribue
Témoignage satisfaction
Ficquet Pierre Louis  -Weins Pierre Vincent -Melchior Bolleman – Sailly P.J.
la Société Humaine attribue
Médaille d’Argent 
Ficquet P L – Sailly P.J
Médaille de Bronze
Weins Pierre Vincent

Dunkerque :

A dix heures du matin, la FELICITE de Dunkerque, capitaine Baeteman, venant de Grangemouth, chargé de fonte, à destination de notre port, les vents étant au nord grand frais et la mer fort grosse, la FELICITE, en voulant donner dans le port, le manqua et vint se mettre à la côte vis-à-vis les Bains de Mer, à une portée de fusil de cet établissement.

Comme ce navire était battu par une mer affreuse, il coula bientôt. Les coups de mer déferlant de bout en bout et menaçant d’enlever l’équipage de dessus le pont, il fallut songer à lui porter secours.

Aucune embarcation autre que celle de la Société Humaine ne pouvait sortir. Par les soins de M. Caron, chef à terre des pilotes, elle fut mise immédiatement à la mer, et fut trainée entre le talus et l’estacade et passée à force de bras par-dessus la jetée en pierres, avec l’assistance de nombreux marins spectateurs, dix pilotes s’y précipitèrent avec le capitaine de port.

A leur tête se trouvait le brave Bommelaer, sur la poitrine duquel brille déjà la croix de la Légion d’Honneur et dont les précédents sont connus de toute notre population. II ne fallait que sept hommes. 

Caron eut beaucoup de peine à en faire débarquer trois, tant était grande l’émulation de chacun. Enfin le canot fut mis à la mer avec les nommés : Conseil, capitaine de port ; Bommelaer, capitaine du bateau pilote n° 1 ; SaillyBollemanCordierWeins, pilotes ; Fiquet et Bommelaer fils, matelots pilotes.

Trainé à travers les coups de mer qui le couvraient à chaque instant ainsi que les personnes qui le montaient, le canot atteignit la hauteur du navire échoué. Ce ne fut pas sans danger que les cinq personnes composant l’équipage du navire naufragé purent être sauvées, car les sauveteurs eurent fort à faire pour éviter de voir le canot se briser contre le navire et en même temps pour se préserver de la chute du mât, qui eut lieu à leur arrivée.

L’impatience qu’avaient les marins spectateurs de ramener les naufragés sur la jetée, fit qu’ils se hâtèrent trop de haler le canot et manquèrent de le briser contre les estacades, où il se fit de graves avaries. Une demi- heure, les marins naufragés furent débarqués sains et saufs au milieu des cris de joie poussés par une foule enthousiaste.

M. Auguste Bateman, capitaine du FELICITE a adressé la lettre suivante à M. Conseil

 Dunkerque, le 21 octobre 1854.

 A Monsieur Conseil, capitaine de port à Dunkerque.

          Monsieur,

Je viens, tant en mon nom qu’en celui de mon équipage, vous exprimer notre reconnaissance pour le service signalé, que vous nous avez rendu lors de notre naufrage à l’est de ce port, avec le sloop la FELICITE que je commandais, en venant, au milieu des brisants où le navire s’était échoué , nous recueillir sur le bateau sauvetage que vous montiez avec les pilotes Bommelaer père et fils, Bolleman, Sailly, Cordier, Weus et Ficquet. Nous nous plaisons de reconnaître que votre  dévouement n’était pas sans vous faire courir des dangers, car le canot de sauvetage eût  pu, par la violence de la mer, se briser contre la jetée, ou même contre  le navire en l’accostant, et, sans le généreux secours que vous nous avez porté dans cette périlleuse circonstance,  l’équipage se fut trouvé dans la dure nécessité d’attendre pendant plusieurs heures dans la mâture que la mer fût  baissée pour prendre pied sur la côte ; si toutefois comme cela a malheureusement eu  lieu , la mâture ne fut pas tombée. Vous nous avez donc avec le concours des courageux pilotes qui vous accompagnaient, préservé, des chances funestes qui étaient redoutées  et qui eussent pu nous être fatales.

Recevez-en encore une fois, Monsieur, tant pour vous que vos braves compagnons, nos remerciements les plus sincères, et agréez l’assurance de mon dévouement

Sources
Archives municipales de Dunkerque – Michel Dahaene « Drames en mer »
Archives municipales de Dunkerque – Fortune de mer sur les bancs de Flandre – Jean-Luc Porhel
Moniteur universel 26 octobre 1854 
L’Autorité 21 octobre 1854