-Naufrage du JOHN-FRANCIS HUILIER **

7 mars 1868

5 personnes sauvées 

Commandant de l’Industrie
Breynaert
Armement de l’Industrie
Armement du canot de sauvetage

Durée 3h00

Dunkerque :

Vers huit heures du matin, j’eus connaissance d’un navire échoué sur les bancs à l’ouest du port. Je fis de suite disposer pour sortir le plus tôt possible avec le remorqueur INDUSTRIE.

A 8H30, étant à flot, je partis. On signalait 2m75 à l’extrémité de la jetée de l’ouest. A peine en route, les pilotes me demandèrent de les attendre une dizaine de minutes pour venir à la remorque avec leur chaloupe, mais voyant le canot de sauvetage venir à ma rencontre,  je répondis que je ne pouvais  différer mon départ.

Je fis  donc route sur le CANOT DE SAUVETAGE. Arrivé près de lui, je vis qu’il était monté d’ouvriers employés des Ponts-et-Chaussées, matelots des feux flottants et autres. Je fis embarquer trois hommes qui n’étaient pas marins à bord de l’INDUSTRIE et je les remplaçai dans le canot par trois de mes matelots.

Je fis immédiatement route à toute vapeur en forçant le plus possible, avec un vent de O-N-O grand frais, la mer grosse, l’INDUSTRIE fatiguant considérablement par le tangage en forçant dans la lame et à contre courant.

J’arrivai à une petite distance du navire coulé sur le Breack-banc à un demi mille au large de la bouée N°3, et à 5 milles environ de la tête des jetées.

C’était une goélette ayant encore une partie de ses voiles dehors et coulée jusqu’à la hauteur de sa vergue de misaine. Aucune partie de la  coque n’était visible. En m’approchant encore, je vis cinq hommes cramponnés dans  les haubans du grand mât et menacés à chaque instant d’être enlevés par les lames qui déferlaient au-dessus de leurs têtes.

Je manœuvrai alors pour m’approcher le plus possible du navire. Arrivé à une distance d’une dizaine de mètres, je fis larguer la remorque du canot de sauvetage qui accosta le navire ou plutôt le grand mât avec beaucoup de peine. Les cinq hommes s’embarquèrent. Pendant ce temps, je tenais l’INDUSTRIE face à la lame manœuvrant de manière à ne pas m’éloigner du navire. En allant en arrière, mon canot qui était à la traîne s’engagea dans les roues et  fut totalement brisé.

Le canot de sauvetage arriva enfin à bord avec les cinq malheureux naufragés transis de froid. Ils étaient depuis 5  heures du matin dans cette triste position. Le capitaine, homme déjà âgé, ne donnait quasiment plus de signe de vie.

Nous fumes obligés de le porter dans la chambre près d’un bon feu, et je lui donnai du vin, ainsi qu’à ses hommes. Je fis mettre le canot de sauvetage à la remorque et fis route pour le port.

Chemin faisant, j’appris qu’ils étaient Anglais, que le navire était la goélette JOHN FRANCIS HUILIER de Fowey, capitaine Schapcott, venant de Tinamoyor en Espagne  chargée de minerai à destination de Dunkerque.

Vers 11 heures, arrivé au quai, je débarquai les cinq marins et les conduisis au consulat de Sa Majesté Britannique.

** Donné comme Jean-Francis Boller  par la SCSN

Source
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés 
Journal l’Autorité 10 mars 1868