Sauvetage du trois mâts français EUGENIE LEONIE

8 décembre 1879

13 personnes sauvées – 2 morts

Patron du canot :
Charles Jean Ernest Lefebvre
Armement du canot : 
– Charles Bouchard – Jean-Louis Broutin
Arthur Charles Alphonse Corion- 

Louis Jules Albert Cordier –
Désiré Armand Decraemer – 

Pierre Louis Victor Devos
Arthur Léon Fourmantin- Jean Noedts –
Pierre Victor Norbert –
Louis Jean Joseph Weus – Sioen –   
Arthur Rigault – Albert Verstraete
Armement de La Mouche
Commandant du Progrès
Eugène Charet

Ministre  de la marine
Montre et chaîne Or
Sion T. A.
Médaille Or 1°
Lefebvre C. J. E.
Médaille Argent 1°classe
Broutin J.L.
Médaille Argent 1°classe
Charet E. J. P.- Damman F. C.
Médaille Argent 2° classe
Bouchard J. D.-  Cordier L. J. A.-  Corion A. C. A.- Devos P. L. V. –

Fourmantin A. L. – Lathouwer L. G. R.-  NoedtsJ. E. –
Norbert P. V. . – Rigault L. T. . – Robelet H. A. . – 
Wadoux P. L. J. . – Weus E. J. . – Weus L. J. J.
Société Centrale de Sauvetage des Naufragés
Témoignage satisfaction
Bateman F. E. . -Bateman H.L. . -Bernaert P. L. .

Cara L. J. J. . – Decraemer D.A. – Hoyot J. L. A.
Legrand E. H. . – Noyez J. L. . – Pillaert A. F. X. – Verstraete A. A.

Dunkerque :

En sortant de Dunkerque pour se rendre à New-York, le trois-mâts EUGENIE LEONIE de 650 tonneaux, commandé par Delechat, ayant quinze hommes d’équipage, s’est perdu vers 4 heures du soir entre les bouées 5 et 7, à environ 2 milles et demi du fort, en passant sur le Braeck-bank, qu’il ne put franchir par suite d’un trop fort tirant d’eau.

Vers 4 heures, le Directeur des Mouvements du port nous demande d’aller au secours d’un navire échoué sur le snow par gros temps et grosse mer d’est-nord-est.

Nous avons mis le canot de sauvetage à l’eau et pris la remorque du remorqueur la MOUCHE, pour sortir du port. En arrivant près du bâtiment échoué, ayant le cap au nord-est, nous avons aperçu deux embarcations qui, le long du bord, étaient occupées à débarquer les effets et à prendre l’équipage.

J’ai fait alors larguer la remorque pour me porter à leur secours, mais le canot de sauvetage maîtrisé par la grosse mer, tomba en travers, et, comme nous étions tous mouillés et gelés nous ne pûmes manœuvrer le canot.

La MOUCHE dut revenir nous reprendre à la remorque et nous reconduire à bord, mais pendant ce temps la nuit s’est faite complètement, et nous avons instantanément perdu de vue les embarcations.

Arrivés sous remorque à tribord derrière, nous avons hélé :

– « Y a-t-il encore quelqu’un à bord? » On nous a répondu : « Oui ».

J’ai fait alors disposer pour larguer la remorque mais celle-ci et l’équipage du canot de sauvetage étant gelés, nous avons été assez longtemps à faire cette opération, et, pendant que nous y travaillions, le navire a tout à coup incliné sur bâbord et a disparu sous l’eau.

Nous étions alors engagés sous le beaupré du navire et avons crié au remorqueur d’aller de l’avant pour nous dégager.

Si la MOUCHE n’avait été obligée de conserver une certaine vitesse pour se maintenir debout à la lame, ou, si nous n’avions put larguer la remorque, il est certain que nous aurions été entraînés au fond par le gréement du navire, lorsqu’il chavirait.

Après avoir été dégagés, ne voyant et n’entendant plus rien, nous avons supposé les hommes coulés avec le bâtiment, nous sommes revenus au port, remorqués par la MOUCHE qui a eu beaucoup de mal à traverser le banc du port, la mer nous manquant et étant tous gelés.

Selon l’Autorité les données changent sur le nombre de survivants

13 hommes de l’équipage furent recueillis par le remorqueur PROGRÈS  commandé par le capitaine Charet qui s’était empressé d’aller au secours des naufragés. Le capitaine et le second du navire qui se brisa peu de temps après, malgré les efforts du remorqueur MOUCHE  et du canot de sauvetage ont été engloutis avec le navire.

Mention dans les annales de la société centrale.

Le canot de Dunkerque nous a prouvé tout ce qu’on peut attendre, d’une station placée sous une énergique direction. Sorti le 16 août et le 17 octobre, il nous fait, assister, le 8 décembre, à une scène des plus émouvantes. Il sort pour aller sauver l’équipage du trois-mâts français LEONIE. Le temps est affreux et le froid des plus intenses. En route, il rencontre deux embarcations avec treize hommes de l’équipage du trois-mâts, le capitaine et le second sont encore à bord. Le canot fait route sur eux et accoste par tribord le navire, déjà fortement incliné sur bâbord. Le capitaine refuse de s’embarquer de ce côté et dit au canot de passer de l’autre côté, la manœuvre s’exécute et, au moment où l’embarcation va s’approcher du navire, un craquement se fait entendre. Le trois-mâts s’entrouvre en entraînant les deux malheureux naufragés. Quelques minutes plus tôt et le canot de sauvetage était englouti sous les débris du gréement. Les canotiers revinrent à terre, douloureusement impressionnés de ce triste dénouement, ils avaient oublié leur fatigue et ce froid intense qui annulait en partie leurs forces


Sources
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés
Journal officiel de la République Française
journal L’Autorité du 6 décembre 1879