Sauvetage du trois-mâts russe ALODIA

29 août 1885

8 hommes sauvés

Patron du canot :
Charles Pierre Lavie
Sous-Patron :
Jean-Marie Joonekindt
Armement du canot :
Charles Bouilli – Pierre Louis Adolphe Bourgain
Joseph Catala – Adrien Clou – François Crasse Armand François Jules Costard- Pierre Eggrickx –
Gustave François Croske- Pierre Fister –
Jean Baptiste Houvenaghel –
Jacques François Jannekeyn
Charles Adolphe Lauwick
Auguste Georges François Pillaert – 
Felix Adolphe Pouilly -Louis Roussel – 
Louis Taylor – Henri Weus
Patron remorqueur :
Noedts
Armement remorqueur Progrès 

Durée sortie 4H00

Société Centrale Sauvetage des Naufragés
Témoignage de satisfaction
Weus H.J. E.

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Dunkerque

Le 29 août, à cinq heures du matin, le trois-mâts russe ALODIA, capitaine Mannerstrom, venant d’Hernosans, chargé de bois de Norvège, par suite du fort coup de vent qui soufflait depuis la veille, vint s’échouer à l’Ouest du port de Dunkerque.

Dès que le sémaphore eut signalé ce sinistre, le canot de sauvetage, mis à la mer sous la direction du patron Lavie, sortit du port à cinq heures un quart du matin, avec l’aide du remorqueur PROGRES, capitaine Noedts, il parvint non sans peine à accoster le navire et à recueillir les huit hommes d’équipage qu’il amena à terre à huit heures et demie.

L’ALODIA étant resté échoué, on prit toutes les dispositions pour tenter, au retour de la marée, de le renflouer avec les deux remorqueurs du port, le gouvernail du navire étant cassé, cette opération réussit, bien que la mer fût encore très grosse et le vent très violent, mais au moment de rentrer au port la remorque du remorqueur qui était sur l’avant s’étant rompue, le navire alla de nouveau s’échouer à la côte est du port et, emporté par les lames, fut lancé contre l’estacade, exposant aux plus grands dangers l’équipage, qui était retourné à bord.

Le canot de sauvetage tenta alors une seconde fois de recueillir les huit hommes qu’il avait déjà sauvés.

Mais le port se trouvant barré par un vapeur échoué en travers, il ne put sortir et l’équipage du navire fut sauvé sur la jetée. Dans ces deux circonstances critiques le patron du canot de sauvetage et son équipage ont fait preuve, comme toujours d’ailleurs, du plus grand dévouement.

Selon La Petite Presse

Depuis vendredi soir jusqu’à la nuit dernière, une violente tempête du nord-est a soufflé dans le détroit et sur les côtes de la Manche ; le vent balayait la mer furieuse ; aussi loin que s’étend la vue, ce n’étaient que vagues énormes et fracas épouvantables.

Malgré cela les paquebots faisant le service entre la France et l’Angleterre sortaient régulièrement. La tourmente a causé un naufrage, celui du trois-mâts russe ALODIA qui, samedi matin, à la pointe du jour, a échoué à l’ouest du port de Dunkerque.

Le sémaphore de Dunkerque l’ayant signalé, le canot de sauvetage fut immédiatement armé sous la direction du patron Lavie. A cinq heures un quart, il sortait du port. Après avoir failli vingt fois chavirer, les sauveteurs purent s’approcher du navire à la côte, l’accoster et prendre à bord les huit hommes qui composaient l’équipage. A huit heures et demie, ils rentraient au port.

Mais ce n’est que la première partie du drame, voici la seconde.

L’ALODIA est un trois-mâts qui arrivait de Norvège avec un chargement de bois pour le compte d’un des négociants de Dunkerque. On l’abandonna, échoué, en attendant la marée du jour.

L’après-midi, toutes les dispositions prises pour le renflouer, on commença les opérations avec les remorqueurs du port.

Au moment où le navire pris en remorque arrivait devant l’estacade, son gouvernail se brisa. Les remorqueurs ne lâchèrent pas prise, mais quelques secondes plus tard, les cordes qui le tiraient se brisèrent et l’ALODIA fut de nouveau jeté à la côte, à l’est du port. Le navire, emporté par les lames, fut lancé contre l’estacade. L’équipage, qui était remonté à bord, était en grand danger.

Le canot de sauvetage est alors sorti pour la deuxième fois, et les marins de l’ALODIA ont été de nouveau sauvés.

Le navire, enfoncé d’un côté dans le sable, est perdu. La mer a été, pendant toute la nuit, couverte d’épaves.

Sources
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés
La Petite Presse du 3 septembre 1885