Sauvetage du navire anglais VICTORIA

4 septembre 1897

Équipage sauvé

Patron du lougre :
Jean Bruneval
Armement du Marie-Valentine :
Charles Agez – François Creton
Léon Hannequin – Charles Landy
Jules Verborg – Étienne Whitehead

Gouvernement Britannique
Une paire de jumelles
Bruneval J.
Médaille Argent   
Agez C.- Bruneval J. – Creton F. – Hannequin L. – Landy  C. – Verborg J. – Whitehead E.

Gravelines :

La goélette VICTORIA, qui avait quitté Yarmouth avec du blé, le 3 courant, à destination de Dunkerque, a fait naufrage samedi, à midi, presque en vue de ce port.

Cette goélette, du port de Mentisse (Écosse), qui était construite depuis longtemps, avait, bien que radoubée récemment à neuf, énormément fatigué pendant les dernières tempêtes qui ont sévi dans toute la mer du Nord.

Le capitaine Warner et les trois hommes de son équipage firent tout leur possible pour atteindre Dunkerque ; mais, à 15 milles dans le Nord-Nord-Ouest, le temps devint plus terrible avec la marée de flux, et une voie d’eau se déclara.

Les marins ne purent franchir les pompes, et n’eurent plus d’autres ressources que de se réfugier dans le canot du bord. Mais ce canot ne pouvait contenir, à grand-peine, que trois personnes. Sans hésiter, le novice un jeune marin de 17ans, se jeta à la nage en suivant le canot qui contenait le capitaine et les matelots.

La position devint vite critique, presque intenable. Une double catastrophe allait certainement se produire, quand une voile apparut à l’horizon. Les naufragés, à ce moment, ne pouvaient plus diriger l’embarcation à moitié remplie d’eau. Ils crièrent de toute la force de leurs poumons, mais si, naturellement, ils ne furent pas entendus, ils avaient été aperçus par le navire en question, le lougre de pêche au chalut MARIE VALENTINE, de Gravelines, patron Bruneval.

Non sans peine, les trois hommes du canot furent montés à bord.

Restait le novice, qui nageait depuis trois quarts d’heure. Par deux fois on lui lança la bouée de sauvetage.., qu’il manqua, faute de forces. Une troisième fois encore, il la manqua, mais un bout de filin était à sa portée. Incapable de le saisir de ses doigts gelés, il se donne une secousse et parvient à mordre dedans…

Dix minutes plus tard il était hissé à bord, non sans avoir une grosse dent de la mâchoire supérieure arrachée, et sans tomber en syncope. Enfin, les matelots de la MARIE VALENTINE prodiguèrent aux naufragés les soins les plus empressés, et à huit heures du soir, ils les débarquaient sains et saufs au Petit-Fort-Philippe, d’où le commissaire de l’inscription maritime les faisait conduire à Dunkerque. Dimanche matin, accompagnés du gendarme, ils furent conduits à Dunkerque, au  bureau de M. Taylor, consul d’Angleterre, qui a pris les mesures nécessaires pour leur rapatriement.

Source
Annales de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés