Jeudi 25 mai 1911
UNE GROSSE EMOTION A DUNKERQUE
Un bateau-feu flottant a disparu


Jeudi matin, à la première heure, le sémaphoriste de Gravelines téléphonait au commandant du port de Dunkerque que le bateau feu-flottant DYCK qui, avec le bateau-feu SNOW, marque l’entrée de la passe Ouest, avait disparu.
La nouvelle était des plus graves. Il avait fait pendant la nuit un temps merveilleux, pas de vent, et le DYCK est mouillé avec de formidables chaînes qui lui permettent d’affronter les plus fortes tempêtes.

On le croyait donc parti à la dérive, et l’hypothèse des ingénieurs, qui s’étaient réunis aussitôt aux Ponts-et-Chaussées, et celle des marins, était que le DYCK avait dû être abordé et coulé par un navire qui lui-même avait dû sombrer après la catastrophe.


Dans ce cas qu’étaient devenus les équipages ? Avaient-ils pu s’embarquer sur les baleinières ou voguaient ils au gré des flots sur les épaves des navires ?
M. Henri Merlen, le directeur de la Société dunkerquoise de remorquage, expédia aussitôt le remorqueur FLANDRE sur les lieux. Un peu plus tard, partit le vapeur baliseur des Ponts-et-Chaussées, avec à bord M. Martin, sous-ingénieur des ponts-et-chaussées, chargé du balisage.


D’après les renseignements recueillis à terre, le DYCK avait dû disparaître après une heure du matin. Le capitaine Hortion, du vapeur FLANDRE, arrivé de Bayonne dans la soirée, avait déclaré qu’il était passé devant le bateau-feu.

Je m’en souviens d’autant mieux, avait-il dit, que le mousse du bord, levant le chien sur la lisse, lui avait dit :


« Tiens, Dicke, regarde ce bateau qui s’appelle comme toi ».


Le pilote Olivier, qui avait pris le vapeur ALTONA à la bouée rouge pour l’amener au port, déclara qu’il avait vu, vers une heure du matin, le feu du DYCK.
Vers dix heures, le sémaphoriste de Gravelines téléphona qu’il entendait le bruit d’un soufflet de brume, ce qui ramena un peu d’espoir. On se demandait néanmoins pourquoi si ce bruit provenait du DYCK le capitaine Duriez, qui commande ce navire, n’employait pas la grosse cloche du bord.


A SON POSTE


Enfin, plus tard, le remorqueur FLANDRE fut signalé faisant route sur le port. Son capitaine, en franchissant les jetées, annonça que le DYCK n’avait pas quitté son mouillage, qu’il avait parlé aux hommes et que ceux-ci s’étonnaient du bruit qui avait couru au port.
Le baliseur des Ponts-et-Chaussées rentra à son tour après avoir « arraisonné » le feu-flottant.


Le sémaphoriste de Gravelines s’était donc trompé en annonçant cette nouvelle. Comment cet humble fonctionnaire, qui est renommé comme un habile guetteur, avait-il pu commettre une semblable erreur ?


LE BROUILLARD TROMPEUR


Interrogé à ce sujet, il a déclaré que le DYCK , avait été masqué pendant plusieurs heures par un banc de brume sans profondeur. Lui qui voit jusqu’à trois milles et demi, n’apercevait pas le DYCK placé à environ un mille et demi de son poste et, phénomène bizarre, il voyait comme d’habitude plus loin que le bateau-feu.


La nouvelle que le DYCK était retrouvé causa une vive joie parmi la population. C’est qu’il y avait à bord de ce bâtiment huit hommes alors qu’il n’y a absolument personne à bord du feu-flottant SNOW qui, avec le DYCK, deux fusées et quatorze bouées noires et rouges forment le « balisage » de la partie occidentale de la rade de Dunkerque, passage le plus fréquenté.

Le SNOW, qui jauge 150 tonneaux, est mouillé à l’entrée et au milieu de la passe de l’Ouest. Ses flancs comme ceux du DYCK sont peints de bandes rouges et noires avec son nom au milieu.
Sauveteurdudunkerquois.fr mail [email protected]

Comme le DYCK également, les sphères qui surmontent les matures de ces navires sont rouges.


LE FEU-FLOTTANT « DYCK »


Le DYCK, qui jauge deux cents tonneaux, est un navire qui fut construit il y a une trentaine d’années par M.Pyotte, qui le destinait à la pêche en Islande, mais comme cette goélette était trop grande pour cet usage, son constructeur ne trouva pas d’amateurs.

Il voulut alors le mettre en loterie et plaça des billets, mais le gouvernement s’y opposa.
Un peu plus tard, l’administration des Ponts-et-Chaussées fit l’acquisition de ce navire qu’elle fit aménager en feu-flottant.

Dyck Maquette Musée portuaire
Dyck Maquette Musée portuaire

Sources
BNF Gallica Le Grand Echo du Nord de la France
Musée Portuaire de Dunkerque
Crédit photographique Philippe Boutelier