Naufrage de l’ALEXANDRE

26 novembre 1903

33 victimes



Un grand voilier dunkerquois lancé l’année dernière des chantiers de France, L’ALEXANDRE, armateur A.-G. Bordes, armé par 32 hommes commandés par le capitaine Morin, avait quitté notre port le 18 courant pour se rendre à Iquique et Valparaiso.
Un des plus puissants remorqueurs qui soient à flots, l’ATLAS commandé par le capitaine
Lecoq de la société dunkerquoise de remorquage, devait le conduire à Shildes où L’ALEXANDRE devait charger du charbon. Malheureusement les deux navires dont la
traversée avait été contrariée par un temps épouvantable furent surpris le 21 dans la matinée
par un cyclone de Nord-Nord-Ouest. L’ATLAS lutta désespérément pour sauver le navire
qu’il conduisait. Malheureusement le grelin qui les reliait avait été, d’après les ordres de
l’armateur de L’ALEXANDRE amarré sur une bitte, à bord du voilier, et non sur une chaîne
comme cela se fait habituellement.
Par suite de l’état de la mer, toute manœuvre était impossible. Les deux bâtiments devinrent le
jouet des flots qui passaient constamment par dessus leur pont.
Vers midi, la remorque, composée de 120 brasses de filin et de brasses de fil d’acier, vint à se
rompre et toutes les tentatives faites par le remorqueur pour ressaisir le câble furent vaines.


LA CATASTROPHE.


Au large de Whitby, à environ 30 milles de la côte, le remorqueur perdit de vue le voilier. Le
cyclone était alors dans toute sa violence. Comme L’ALEXANDRE était fortement incliné à
tribord et qu’il n’avait comme lest que mille tonnes de sable en cale, on suppose qu’il a été
entraîné par le poids de sa mâture, tout en acier, et qu’il a roulé. A trois heure l’ATLAS
perdait de vue l’ALEXANDRE et toutes les recherches faites pour le retrouver sont
demeurées inutiles.
Les nombreux navires qui fréquentent ces parages ne l’ont pas vu.
Le capitaine Lecoq, commandant de l’ATLAS, est un vaillant marin, plein de courage et de
sang-froid. Il a sous ses ordres un équipage composé de matelots qui ont fait leurs preuves.
Malgré le mauvais temps, l’ATLAS, qui avait relâché quelques heures en Hollande, a de
nouveau repris la mer pour continuer ses recherches.
La Société dunkerquoise de remorquage se dispose à expédier un de ses remorqueurs, l’
INDUSTRIE, à la recherche de L’ALEXANDRE
Le 1er décembre l’ATLAS rentre à Dunkerque.


Interview du capitaine Lecoq par le Petit Journal


Petit, trapu, énergique, figure franche et sympathique de marin, le capitaine me déclare que
dans toute sa carrière il n’a jamais vu de tempête plus violente. Les vagues monstrueuses
couvraient complètement le remorqueur et le quatre-mâts qui s’était incliné sur le côté tribord
d’environ 45°. Cette position ne permettait pas au navire de mettre comme voilure autre chose
que sa brigantine. Vers dix heures, un remorqueur anglais, le CAMBRIA, offrit ses services au
capitaine Maurin qui, malheureusement, refusa. Un peu plus tard, l’ouragan redoubla de
violence. On voyait l’eau embarquer à bord du quatre-mâts. Sur la dunette, un homme, le
capitaine sans doute, se tenait cramponné.

Notre remorqueur souffrait beaucoup, dit le capitaine, des vagues furieuses semblaient
monter à l’assaut et causaient des avaries. Notre canot fut défoncé. La remorque qui se
tendait à chaque instant donnait de fortes secousses. Un coup plus violent la cassa net. Un
grain tomba tout à coup comme un rideau. Quand il se dissipa, l’Alexandre, qui aurait dû se
trouver près de nous, avait disparu.
Le capitaine ajoute qu’il a, malgré tout, continué à chercher le navire. Il a croisé sur les côtes
hollandaises et il est allé jusqu’au Dogges-Bandt. Il a interrogé de nombreux navires. Aucun
n’avait vu l’Alexandre.
Dites bien dans le Petit Journal, qui est lu partout, nous dit le capitaine Lecoq, que,
contrairement à ce qu’ont écrit les journaux hollandais et anglais, je ne suis pas allé à
Ymuiden pour prendre du charbon. J’ai simplement signalé aux autorités maritimes et à mes
armateurs l’événement qui venait de se produire.
L’équipage de l’ATLAS étant exténué et le remorqueur ayant besoin de réparations, les
armateurs ont accordé un congé de quelques jours à ces vaillants matelots, dont la conduite
mérite d’être signalée.
Un vapeur l’ODIN, qui luttait également contre la tempête signale avoir rencontré près de la
côte hollandaise un grand navire à moitié chaviré et non identifié. Était-ce l’ALEXANDRE… ?


Le jeune chantier de construction en fer de Dunkerque a été incriminé dans cette affaire par la
presse anglaise qui émettait de sérieux doutes sur la qualité de la construction de la coque. Ces doutes ont été levés par les expertises. L’hypothèse la plus probable serait que le lest de
l’ALEXANDRE (une tonne de sable) se soit déplacé pendant la tempête faisant chavirer le
navire.


Ndlr : Il y a divergence entre les articles des deux organes de presse qui ont relaté cet incident. Pour l’un le remorqueur était le FLAMME. Pour l’autre il s’agissait de l’ATLAS tout comme le livre de Frédéric Cornette

Sources
BNF Gallica Petit parisien édition du 27 novembre 1903
BNF Gallica Petit journal édition du 27 novembre et du 1er décembre 1903
Livre de Frédéric Cornette SDHA

Rôle de l’équipage du quatre-mâts Alexandre

Maurin Michel capitaine Marseille
Esnault Félix second Paimpol
Le Discord Auguste second Paimpol
Le Mée Jean lieutenant Boulogne
Léger Jean lieutenant Boulogne
Guellan Yves Second maitre Boulogne
Boyer François mécanicien Boulogne
Blouin Yves cuisinier Paimpol
Queri Alphonse charpentier Paimpol
Creach Victor Matelot Le Conquet
Le Beaudour Guillaume Matelot Tréguier
Rey Bernard Matelot Pauillac
Le Meur Jean Matelot Paimpol
Guineux Pierre Matelot Saint-Malo
Perron Jean Matelot Lannion
Laikel Stephan Matelot Pointe-des-Galets
Manach Hervé Matelot Morlaix
Belcazou Louis Matelot Tréguier
Le Teurnier François Matelot Lannion
Legarat Jacques Marie Matelot Dunkerque
Le Bivic Matelot Tréguier
Le Roux Guillaume Matelot Paimpol
Paul de Geen Matelot Conquet
Dequidt Marcel Matelot Dunkerque
Vaguet Martin Matelot Dunkerque
Léger Matelot Dunkerque

Chedineau Auguste Matelot Lorient
Léger Matelot Lorient
Rondoux Louis Matelot Saint-Malo
Léger Matelot Saint-Malo
Le Goff Yves Matelot Paimpol
Herro Louis Mousse Saint-Malo
Rousseau Pierre Mousse Dunkerque
Barbedienne Joseph-Léon Mousse Saint-Malo
Ruff Victor Mousse Dinard

Les noms de ville correspondent au quartier maritime d’inscription du marin