Paroles de sauveteurs et sauvés

Quelques mots, quelques phrases émanant d’hommes et de femmes qui se sont exprimés en toute simplicité, en toute humilité , comme si les actes accomplis au péril de leur vie étaient l’évidence même.
Or, ces hommes , ces femmes étaient des héros et ils n’en tiraient pas gloire..

François Tixier lors du naufrage des TROIS SOEURS en 1857 voulant aller sur le canot a une prémonition sur les risques encourus par Bommelaer, Neuts et Celle

Vous le voyez, dit-il, ils ne veulent pas nous laisser sauver  l’équipage  – ils vont périr avec lui ! 

Pendant les opérations de sauvetage après le décès des trois sauveteurs

Voilà deux hommes, leur crie-t-il, les laisserons-nous périr comme des chiens ? N’est ce pas assez de six victimes ? En faudra-t-il huit ? Non, non ! Affirme-t-il avec énergie !

Non, non !

répondent, ces héroïques amis !…

Eh bien ! reprend François Tixier, allons chercher un autre canot, montons-le ! Et sauvons-les !

Lepretre sauvetage de l’EUGENIE 1867


Allons, garçons, laisserons nous périr ces frères qui comptent sur nous et nous supplient ! Puisque Dieu est avec nous et notre bonne embarcation, marchons !!

Charles Gossin en réponse au capitaine du KEPLER 1878 demandant ce qu’il devait payer

Nous sommes de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés et notre but est de porter aide et secours aux marins sans demander aucune rétribution.

Interview de Pierre Leprêtre de Gravelines par Ouest Eclair 1922

Oui, Monsieur, me dit-il 53 personnes sauvées en cinq opérations, plus sept sauvetages personnels. Pour l’un, trois heures pour un autre, une nuit entière perte de quatre avirons, trois retours à la côte pour un troisième, quarante-deux minutes et je ramenais six hommes.
Ça, voyez-vous, c’est notre dancing, à nous

Edouard Brunet Sortie pour sauver le Dyck

On est sauveteur ou on ne l’est pas, il faut y aller!

Les équipages sauvés se sont aussi exprimés souvent par la voix du capitaine

Le commandant du FELICITE 1854

Vous nous avez donc avec le concours des courageux pilotes qui vous accompagnaient, préservé, des chances funestes qui étaient redoutées  et qui eussent pu nous être fatales

Son Altesse le Bey de Tunis au commandant suite au naufrage du Sphynx 1855

Sais-tu chrétien que tu as fait une belle action et pour en perpétuer le souvenir, je te nomme officier de l’ordre de Nichan Iftihar.

Le commandant Guinement commandant le PROSPER 1855

De pareils actes, monsieur, honorent votre caractère d’homme et de marin ; veuillez agréer mes plus sincères remerciements et ceux de tout mon équipage. Que serions-nous devenus sans vous, abandonnés à nous-mêmes dans la situation que nous avait faite l’abordage, si la tempête avait augmenté ?

Capitaine Guego de l’Industrie 1858

Je soussigné, capitaine de la goélette INDUSTRIE , du port de St-Brieuc, naufragé le 6 mars avec mon équipage, certifie à tous ceux qu’il appartiendra, et pour rendre hommage à la vérité, que le patron Creton, du bateau nommé HARENG, N°18, du port de Gravelines nous a sauvé la vie, au péril de ses jours dans une tempête, par une mer affreuse, en nous retirant de notre chaloupe remplie d’eau. Nous étions engourdis, à moitié morts de froid. Il était 8 heures 30 du matin et nous étions restés depuis 3 heures du matin dans cette position désespérée. Sans son courageux dévouement et celui de son équipage, nous étions perdus sans ressources; il ne s’en est fallu que de quelques secondes
Signé Guego

Remerciements du capitaine du PRIDE  OF GANGES 1869

Nous, soussignés, capitaine et équipage du trois-mâts anglais PRIDE OF GANGES, offrons nos remerciements les plus sincères au patron et à l’équipage de la corvette des pilotes JOSEPHINE de Dunkerque , pour les secours qu’ils nous ont portés hier lors de la perte de notre navire, ayant ainsi contribué à nous sauver la vie.
Signé   Robert Jones capitaine et suivent les signatures des 14 hommes d’équipage

Commandant du CRESTED WAVES 1870

J’exprime ma sincère gratitude au capitaine Vannorbecke de la goélette LÉON JEANNE  de Dunkerque, pour les grandes bontés et l’humanité qu’il a eues pour moi et mon équipage, depuis le moment qu’il nous a trouvés en mer dans un état complet d’épuisement, ayant été pendant 6 jours dans une chaloupe sans nourriture ni boisson, et jusqu’au jour qu’il nous a débarqués à Cadyx. Si ce n’avait été de son assistance tout à fait opportune, nous serions bien certainement tous perdus.  Je ne puis trouver de paroles pour décrire ses soins affectueux et ses efforts incessants pour arriver à notre prompt rétablissement, et pour exprimer combien j’apprécie sa conduite, si pleine de bienveillance et d’attention

Le capitaine Hagstrom commandant du AFRICANIC par l’intermédiaire du consul M. Beggren

“ L’accueil que nous avons reçu à bord du vapeur NORD a été touchant. Nous avons de suite été considérés comme de véritables frères, la plus large hospitalité nous étant offerte. Nous avons pris nos repas à la même table et partagé les couchettes. Nous restons très touchés des marques d’affection qui nous ont été prodiguées. Nous nous en souviendrons toujours.

Courrier du  cdt Augé LE PHENIX 1870

Dès notre arrivée sur le vapeur, nous fûmes entourés par le brave Deligny et tous les pilotes, de tous les soins imaginables. Je désire exprimer ma reconnaissance et mon admiration pour l’héroïque conduite de l’équipage,  les vapeurs des pilotes et en faire toute la publicité possible ;  je me fais un agréable devoir d’en informer moi-même son excellence,  le ministre de la Marine.

11 Juin 1878 Naufrage du BON PASTEUR


Je soussigné, Fountes capitaine du Bon Pasteur, que le nommé Bommelaere Jacques pilote attaché au port de Dunkerque s’est conduit admirablement avec le canot du pilote N°3 et qu’il a faillit chavirer en accostant mon navire. Grâce à lui et aux 3 hommes qui l’accompagnaient mon équipage et moi avons été sauvés.
C’est par leur sang froid et leur énergie que nous avons pu ensuite regagner le bateau pilote et nous mettre a terre.
En foi de quoi je lui ai délivré le présent certificat dans l’espoir qu’il recevra la juste récompense qu’il mérite

Propriétaire du LITTLE STAR qui fera une chèque de 5000 Fr


J’avais ma femme et 2 autres amis (une autre femme) à bord et j’aimerais remercier le canot de sauvetage d’avoir été à nos cotés.

Il encouragea mon équipage et m’assura qu’il pourrait nous aider en cas d’urgence, en outre le canot de sauvetage nous secouru le temps nécessaire jusqu’à ce que je fus, sans encombre, hors du banc de sable, puis gentiment me montra le chenal pour rentrer au port de Dunkerque.

Je ne peux remercier suffisamment le skipper du canot de sauvetage et son équipage, et je  vous serai plus que gratifiant si vous pourriez leurs transmettre mes plus sincères remerciements.

Le skipper et l’équipage refusa que je leur donne quoique ce soit et de nouveau j’apprécie vivement leur geste

Je voudrais vraiment vous remettre ce don  pour les fonds de votre association  et j’espère sincèrement que je n’aurai pas besoin personnellement de leur assistance dans le futur, je peux vous assurer que je n’oublierai jamais ce bateau de secours .

Message du commandant A.Montet commandant du CAP HORN 1877
Je certifie que la goélette pilote numéro 3 m’a prêté assistance de tout son pouvoir, de 7h00 du matin à 5h00 du soir, dans la journée du 14/3/1877 où je suis venu de Dunkerque à Ostende, coulant bas d’eau.  J’ai eu constamment la presque totalité de son personnel à bord, pendant qu’elle escortait. Je n’ai qu’à me louer du courage et du dévouement de ces hommes.

Courriers adressés à Eugène Charet Sauvetage du MASMOUND
Veuillez bien recevoir, monsieur, mes remerciements les plus reconnaissants et aussi ceux de l’équipage sauvé, pour le dévouement montré par vous et votre équipage dans le sauvetage dangereux des hommes du MASMOUND, échoué sur les bancs ; vous avez montré un courage au-dessus de tout éloge, vous les avez arrachés à une mort certaine. J’ai prié monsieur le consul des Pays-Bas de signaler votre conduite courageuse et dévouée au gouvernement néerlandais. Je vous prie d’agréer l’assurance de ma considération distinguée signé Nolker Bos
Le consul de sa majesté le roi des Pays-Bas, à la résidence de Dunkerque, s’empresse de transmettre avec la plus vive satisfaction, la plaisante lettre des propriétaires de la drague MASMOUND 4 au capitaine du remorqueur dunkerquois, et heureux d’y ajouter au nom de son gouvernement, ses plus sincères remerciements pour le dévouement et l’abnégation dont il a fait preuve ainsi que son équipage, dans le sauvetage de ladite drague, le 24 octobre 1882
signé le consul des Pays-Bas Petyt

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1882 Courrier du commandant Pasquau Sauvetage de l’IRENE
Monsieur,
C’est avec le sentiment de la plus vive et la plus profonde reconnaissance, que je viens en mon nom, et celui de l’équipage du trois-mâts austro-hongrois, nommé IRENE que je commande, vous exprimer de même qu’aux vaillants marins du canot de sauvetage, que vous commandez, et qui vous ont prêté leur généreux et bienveillant concours, nos plus sincères remerciements et notre éternelle gratitude, pour le dévouement plein de la plus noble abnégation, dont vous nous avez donné la plus éclatante preuve, en venant à notre secours, malgré un danger résolument bravé, pour nous sauver du péril imminent et par vous énergiquement conjuré, lorsque hier nous fîmes naufrage , notre navire jeté échoué à la côte ouest de ce port par l’ouragan qui régnait alors. Veuillez agréer monsieur,  mes salutations les plus distinguées signé M. Pasquau

Courrier du contre-amiral BESSON Inspecteur général de la SNSM suite au naufrage du TRICOLOR en 2002
Cette catastrophe s’est produite à la suite de l’abordage du navire par un porte-conteneurs, à 20 nautiques dans le Nord de Dunkerque. Il était 02 heures 20, et aussitôt le CROSS fait appel à de nombreux moyens nautiques et aériens. Le JEAN BART II est mis en alerte à 02 heures 25 et prend la mer à 02 heures 53. Le vent est de secteur Est faible, la mer est calme, mais une brume épaisse recouvre toute la région, ce qui est vraisemblablement la cause de l’abordage. La marée est basse et le « Jean-Bart II », naviguant avec prudence, doit suivre tout le chenal jusque devant Gravelines avant de pouvoir mettre le cap au Nord à bonne vitesse vers le lieu de l’accident. A 04 heures 10 il arrive sur zone où les échos radar sont nombreux, mais la visibilité toujours très réduite. Sur les vingt-quatre membres d’équipages du « TRICOLOR », trois ont été récupérés par le navire abordeur, et vingt et un par le remorqueur « BOXER ». Sur ces derniers, quatre sont transférés sur un canot pneumatique de sauvetage belge venu de Nieuport et le « Jean-Bart II » prend à son bord les dix-sept autres. Ces pauvres marins, qui sont philippins, ont été pour la plupart surpris en plein sommeil. Beaucoup sont en sous-vêtements ou en bleu de chauffe, avec juste leur brassière de sauvetage. Ils sont évidemment transis de froid et désemparés, certains sont malades. L’équipage du JEAN BART II » fait tout son possible pour les rassurer et les réconforter durant le retour. Mais ce n’est qu’en voyant le trait de côte se préciser peu à peu sur l’écran radar qu’ils vont commencer véritablement à reprendre leurs esprits, et à comprendre que leur épreuve touche à sa fin. Il est 06 heures 30 lorsque le canot de sauvetage accoste à son ponton, illuminé par tous les gyrophares d’ambulance perçant le brouillard.
Cette sortie de quatre heures, si elle a été pénible pour les malheureux naufragés, a aussi éprouvé les sauveteurs. Naviguer de nuit, avec une visibilité quasi nulle, dans un secteur où les risques de toutes sortes, hauts fonds, courants, trafic maritime intense, sont aussi nombreux, avec en plus le contexte dramatique de l’opération, et des passagers choqués sur lesquels il faut veiller, tout cela réclame beaucoup de sang-froid et de résistance. L’équipage du JEAN BART II , qui était cependant peu nombreux en raison de l’urgence à appareiller, s’est magnifiquement comporté et mérite d’être vivement félicité. Il s’agit du patron Michel BARBE, accompagné de Christian LEVEQUE, Gérard GREENHILL et Pascal LAHAEYE. Je sais que vous-même étiez en mer cette nuit là, à la passerelle d’un pétrolier ralliant Dunkerque. Vous êtes donc encore mieux placé que moi pour mesurer la tension et les difficultés auxquelles ont dû faire face ces sauveteurs courageux et déterminés. Je vous demande de bien vouloir leur transmettre ces quelques compliments, et je vous prie d’accepter…